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Fracture de fatigue : quand l'os se brise en douceur.

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Docteur Stéphane CASCUA, Médecine et Traumatologie du Sport.

Votre os peut se fracturer sans choc ! Courir, sauter suffit parfois ! C'est la fracture de fatigue. Comment la reconnaître ? Comment la soigner ? Et surtout comment l'éviter ?

A chaque réception de saut ou de foulée, votre os subit un impact. Il est victime de fissures microscopiques. Entre chaque entraînement, si vous lui en donnez le temps, si vous lui apportez les aliments nécessaires, il va se reconstruire. Il va même se reconstituer plus fort, comme pour mieux assumer de prochaines contraintes. Mais attention, si les conditions requises pour sa réparation ne sont pas réunies, si vos séances sont trop dures ou trop rapprochées, les fissures vont s'accumuler, se rejoindre et former une véritable fracture !

Fracture de fatigue : comment la reconnaître ?

Le coureur de fond souffre le plus souvent de son tibia. A force de comprimer la face interne de sa jambe, sa structure osseuse se tasse. Il ressent une douleur sur l'os, juste sous le mollet. Elle s'accentue au fil des kilomètres. Elle ne tarde pas à l'empêcher de courir puis à le gêner dans la vie quotidienne. Bien localisée, elle se différencie de la « périostite » qui s'étale sur plusieurs centimètres. Cette dernière lésion correspond à un cisaillement entre la membrane entourant l'os et l'insertion du muscle. Moins invalidante, elle n'impose pas systématiquement l'arrêt de la course.

La fracture de fatigue est très fine, «comme un cheveux sur une assiette de porcelaine». Lors des premières semaines suivant les douleurs, on ne voit rien à la radiographie. Ce n'est qu'au bout d'un mois qu'on visualise le cal osseux. Pour permettre un diagnostic précoce, la scintigraphie est souvent proposée. Pour visualiser la zone fracturée, on injecte dans les veines un produit qui se fixe où l'os tente de se réparer. L'IRM est encore plus performante. Elle décrit plus précisément la fracture ou permet de corriger le diagnostic en analysant les autres tissus.
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TOUS LES OS PRESUMES COUPABLES !

Sportifs et médecins doivent être vigilants. Un os douloureux dans une zone sollicitée est toujours suspect de fracture de fatigue ! L'os du talon peut se casser insidieusement. Classiquement, cette lésion survient chez les militaires qui marquent le pas lors des défilés ou marchent de longues heures avec des semelles rigides. Chez le sportif, le frêle péroné situé à coté du tibia peut être concerné. Les baguettes osseuses menant aux orteils, les métatarsiens, en accumulant les torsions lors du déroulé de la foulée, finissent aussi par se briser. Chez le marathonien, même les os volumineux comme le fémur ou le bassin peuvent se casser insidieusement. Le membre supérieur et le tronc ne sont pas épargnés. Un tennisman passionné est parfois victime d'une fracture de fatigue du radius. Un golfeur enchaînant les swings parvient même à se briser les côtes !
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Fracture de fatigue : comment l'éviter ?

Ménagez la mécanique

Lorsque vous augmentez votre kilométrage, quand vous modifiez votre entraînement, vous imposez à vos os de nouvelles contraintes. Avant de se reconstruire plus fort, ils se fragilisent. La période de destruction rapide dure 14 jours. Pendant les 3 à 4 mois qui suivent, il se densifie progressivement et peaufine lentement son architecture … il n'est pas encore très solide ! Prudence et progressivité sont obligatoires. Même si courez déjà 2 à 3 fois par semaine, 3 mois sont nécessaires pour préparer un marathon. N'hésitez pas à inclure des entraînements de vélo, de natation ou de cardiotraining. Ces séances sont moins agressives pour votre os et améliorent votre endurance Afin de limiter les contraintes sur la face interne du tibia, votre pied ne doit pas excessivement basculer lors de sa prise d'appui. Des chaussures de qualité, pas trop usées et surtout adaptées votre foulée sont indispensables. Parfois, des semelles orthopédiques spécialement conçues pour le sport s'avèreront nécessaires.

Ciblez les intensités

L'os se délite et abandonne son calcium lorsque son environnement est acide. Quand vous êtes essoufflé vous produisez de l'acide lactique. Sur le plan mécanique mais aussi chimique, la prudence s'impose dans la programmation des séances rapides. Lors du premier mois de préparation, les fractionnés sont à éviter. Il est préférable d'apprendre à votre organisme à recycler l'acide lactique. Les entraînements dits au «seuil» sont particulièrement indiqués. Ils consistent, après échauffement, à rester 15 à 30 minutes «à la limite de l'essoufflement». Lors des semaines suivantes, le travail de puissance s'effectuera idéalement en enchaînant 30 secondes «vite» 30 secondes «lent». Dans ces conditions, les courtes accélérations sont rapidement suivies de récupérations et l'acide lactique ne s'accumule pas trop.

Mangez, buvez !

La vitamine D facilite l'absorption digestive du calcium et sa pénétration dans l'os. On la trouve essentiellement dans les poissons gras : le thon, le saumon, la sardine, le maquereau et le hareng. Vous devez en manger au moins 3 fois par semaine.

Le calcium se fixe sur le réseau fibreux de l'os et le rigidifie à la manière du ciment entourant les tiges d'aciers du béton armé. Classiquement on trouve le calcium, dans les yaourts, le fromage ou le lait. Il est conseillé de consommer 3 produits laitiers par jour. Si vous n'appréciez pas ou tolérez difficilement ces aliments, des solutions complémentaires existent. Certaines eaux minérales contiennent du calcium en quantité importante, c'est le cas d'Hépar, de Contrex et de Vittel. Les études montrent que ce calcium est correctement absorbé. Buvez au moins 6 à 8 grands verres par jour. Enfin, les fruits et les légumes renferment du calcium. N'hésitez pas à aller au-delà des consignes, mangez plus de 5 fruits et légumes par jour !

Pour lutter contre l'acidité du corps qui délite la structure osseuse, l'alimentation est essentielle. Malgré leurs saveurs, les fruits et les légumes sont toujours transformés en substances neutralisantes. Les eaux minérales riches en bicarbonates comme Vichy ou Baboit sont conseillées après les séances ayant provoquées un net essoufflement. A l'inverse, les sucreries et plus encore les sodas acidifient le corps … et décape l'os ! La viande rouge est acide. Aussi, mangez-en maximum 3 à 4 fois par semaine. Il en est de même des fromages durs, à pâtes cuites, dont il ne faut pas abuser malgré leur teneur en calcium.
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LES HORMONES SEXUELLES
NE SONT PAS INNOCENTES …

Les hormones sexuelles stimulent la construction de l'os. Lorsqu'elles viennent à manquer l'os se fragilise. La ménopause constitue la circonstance habituelle à l'origine d'une ostéoporose. Mais le surmenage sportif réduit aussi la sécrétion des hormones sexuelles. Tout se passe comme si le corps devait consacrer toute son énergie à l'activité physique aux dépens de la procréation. Ce constat est valable pour les hommes comme pour les femmes ! Chez cette dernière, ce phénomène est plus connu car il se manifeste par une irrégularité des cycles menstruels ou un arrêt des règles. De surcroit, il s'associe souvent à une grande maigreur aggravant la dégradation osseuse. En effet, comme les ovaires, les cellules graisseuses féminines participent à la sécrétion des hormones sexuelles. Décidemment, excès de sport et alimentation inadaptée favorisent les fractures de fatigue !
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C'est une vraie fracture !

Si les conseils préventifs arrivent trop tard, suivez les consignes de votre médecin ! Sachez que patience, apport nutritionnel adapté, absence de douleur, et progressivité de remise en contraintes sont les points clé du traitement.

Patientez …

Le temps de consolidation du tissu osseux est de 3 mois ! C'est vrai pour les fractures par accident ! C'est vrai pour les fractures de fatigue ! Trois à quatre mois, c'est le délai minimum que réclame votre tibia pour encaisser sans broncher la course et les sauts !

Mangez, buvez, complétez …

Les stratégies nutritionnelles destinées à limiter le risque de fracture de fatigue sont désormais incontournables … De surcroit, la vitamine D est également produite par notre organisme grâce au rayons solaires et les études montrent que, sous nos latitudes, la majorité de la population en manque. Votre médecin vous en prescrira peut-être. Il en est de même du calcium s'il détecte des apports alimentaires insuffisants. Il existe aussi des compléments permettant de lutter contre l'acidité. Certains thérapeutes proposent aussi de la «calcitonine», une hormone stimulant la construction osseuse.

Evitez la douleur

La «règle de la non douleur» est un bon critère pour guider votre traitement et vos activités. Si vous avez mal en marchant, quelques jours sans appui sont nécessaires. On peut même ajouter une longue attelle de jambe à velcro, comparable à celle utilisée pour les entorses de chevilles. A la reprise de la marche, la modération s'impose et les semelles sont les bienvenues. Exceptionnellement, si les douleurs ne cèdent pas, si le cal osseux ne se constitue pas correctement, une intervention est nécessaire. Le plus souvent, le chirurgien mettra en place un clou au centre du tibia.

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LES SEMELLES CORRECTRICES : UN VRAI PLUS !
Avec la collaboration d'Olivier HOMMAGE, podologue du sport.

Attention, Il ne s'agit pas de semelles amortissantes, de type «prêt à porter», vendu en magasin. Non, ce sont des modèles «haute couture», adaptées à votre blessure et aux imperfections de votre foulée. Elles sont réalisées «sur mesure» par un podologue du sport. Il connait les lésions rencontrées en sport. Il n'utilise ni le liège, ni le cuir. Il emploie des matériaux synthétiques de souplesse savamment répartie, qui tolèrent la transpiration et d'importantes contraintes mécaniques.

En cas de fracture de fatigue, les semelles réduisent les contraintes sur l'os cassé. Pour limiter la compression de la face interne du tibia lorsque le talon se pose au sol, le podologue réduit la bascule du talon vers l'extérieur. Pour cela, il place souvent au niveau du talon un petit relief externe. Quand le pied se déroule sur le sol, il ne faut pas bloquer sa bascule vers l'intérieur mais la contrôler. Afin de ne pas tirer sur la face interne du tibia, un soutien de voute est fréquemment utile. Dans le jargon des podologues, ce contrôle dynamique durant toutes les phases d'appui est appelé «couloir de décharge».

L'insertion de matériaux trop amortissant dans la semelle n'est pas conseillée. Initialement, leur mollesse provoque une instabilité des appuis allant à l'inverse du contrôle souhaité. Plus tard, ils se tassent rapidement et deviennent plus contraignant.

En pratique, le port de la semelle est possible dans la vie quotidienne pendant la période de consolidation. Elle est indispensable dans les mois qui suivent la reprise sportive. A distance, quand la fracture n'est qu'un mauvais souvenir, il est conseillé de les modifier. Désormais, ces nouvelles semelles ont pour objectif d'éviter les récidives tout en limitant les contraintes sur les autres structures de l'appareil locomoteur. Souvent, les reliefs sont réduits et modifiés, ils s'adaptent essentiellement à la foulée du coureur.

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Bougez progressivement

Si votre os doit être soulagé pour consolider, il doit aussi se réadapter peu à peu aux contraintes du quotidien et du sport. Schématiquement, lors du premier mois vous pouvez garder la forme à la piscine en pratiquant la natation et l'aquajogging. Au cours du second mois, ajoutez-y du vélo. Commencez par mouliner puis augmentez les résistances et enfin mettez vous en danseuse. Au cours du troisième mois, après autorisation de votre médecin, il est envisageable de réintroduire le course … en toute humilité. Marchez, trottinez … quelques foulées puis 3 à 5 minutes … augmentez de 3 à 5 minutes à chaque sortie … terminez votre entraînement par autant de vélo que vous le souhaitez ! A 3 ou 4 mois de votre blessure, un jogging d'une trentaine de minutes est souvent possible.

Docteur Stéphane CASCUA. - 16 juillet 2010.

Conflits d'intérêts : l'auteur ou les auteurs n'ont aucun conflits d'intérêts concernant les données diffusées dans cet article.

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